Comment cultiver de bonnes relations professionnelles

Dans un précédent article, nous vous partagions les constats provenant de notre expérience du terrain sur les causes des dérapages dans les situations d’entretiens tendus et leurs conséquences.
Pour rappel : les causes sont très peu nombreuses ; Trois seulement :

  1. Nous posons trop peu de questions.
  2. Nous sommes trop peu factuels.
  3. Nous sommes trop peu rationnels.

Avec trois conséquences :

  • Nous n’écoutons pas ou peu
  • Nous préférons les jugements et les opinions
  • Nous nous plaçons sous l’empire des émotions

Cela dans toutes les situations, sans distinction aucune de protagonistes, d’enjeu, d’objectif et de contexte.

Ce constat fait, nous, comme vous, cherchons bien entendu à comprendre. Mais comprendre quoi ? Est-ce comprendre d’où cela provient ? Ou bien est-ce comprendre pourquoi, alors que finalement cela est simple, rien ne change vraiment ? Ne choisissons pas. Essayons de comprendre les deux.

D’où cela provient-il ?

N’en déplaise à ceux et celles qui aiment compliquer les problèmes pour mieux en détenir les soi-disant solutions, nous osons le dire, l’origine est simple. Ce n’est pas une conviction, ni une opinion, ce n’est pas le résultat d’une étude, mais celui, empirique, d’une expérience immense, vécue toutes ces années, sur le terrain, sur les terrains, avec vous. L’origine est simple. Très simple, même.

En situation de tension avec un de nos congénères :

  • Nous voulons toujours avoir raison
  • Nous voulons toujours instaurer un rapport de pouvoir
  • Notre ego domine les débats

Est-il besoin de détailler. Non. Car là encore, sans faux fuyants, nous savons que ça vous parle, que c’est du quotidien et que vous vous reconnaîtrez. Nous aussi d’ailleurs, n’allez pas penser que nous nous situions au-dessus de la mêlée.

Comprendre pourquoi rien ne change.

Car objectivement, rien ne change. Depuis des milliers d’années sans aucun doute, sous toutes les latitudes, rien n’a véritablement évolué. En situation relationnelle de tension, notre tendance de fond est de ne rien écouter, de juger, de ne penser qu’à nous-même, de détenir la vérité et de dominer nos contemporains.

Partant de là, pourquoi rien ne change-t-il ? Car la promesse est belle. Celle de relations d’échanges constructifs, respectueux, de relations apaisées, plus fluides, moins fatigantes, et somme toute plus gratifiantes, plus intéressantes. Plus bénéfiques. Pas d’angélisme, bien sûr. Il ne s’agit pas du tout de prétendre que tout pourrait être doux et rose. Mais bien d’économiser du sang et des larmes. Belle promesse. Alors pourquoi cela ne change-t-il pas ? Aimerions-nous la violence et la force, la manipulation et la domination à tel point que nous en mettions systématiquement dans nos relations ?

La psychologie apporte des réponses. Les neurosciences aussi. Les spiritualités, la philosophie de même.

Nous n’apportons pas une réponse, notre légitimité n’est pas là.

Nous apportons un constat, issue de l’expérience, du vécu, du terrain, sans dimension morale ou de valeur.

Dans ce constat, nous ne disons pas : c’est normal, ne faisons rien, on ne peut rien y changer. Discours simpliste, antiprogressiste, fataliste.

Nous ne disons pas non plus : ce n’est pas normal, il faut que ça change, discours trop souvent trouvé dans le développement personnel, horriblement culpabilisateur et de toute manière assez vain. Nous disons c’est ainsi. L’humain est ainsi fait qu’il préfèrera toujours, en situation de tension, dominer, asservir, qu’il pensera d’abord à lui, et qu’il sera brutal dans ses rapports. Cela d’autant plus qu’il aura du pouvoir. C’est ce que nous avons vu et vécu. Et vous aussi.

Dès lors, que faire ?

Puisqu’objectivement c’est et restera ainsi, qui plus est dans les mondes professionnels, où les tensions sont par définitions plus fréquentes et où la notion de pouvoir et de rapport de force est omniprésente. Que faire ?

Voici quelques suggestions :

En finir avec la culpabilisation et la culpabilité : Nous, humains, ne pouvons être déclaré coupable d’avoir des comportements qui sont dans notre nature.

Accepter qu’il en soit ainsi : ne pas vouloir qu’il en soit autrement. C’est vain et inutile.

Choisir : Ce choix est simple : nous pouvons nous laisser aller dans nos comportements que l’on peut qualifier d’innés, de spontanés, de naturels. Nous pouvons aussi faire l’effort de faire autrement. L’effort d’écouter, car c’est un effort, l’effort de faire attention à notre interlocuteur, car c’est un effort, l’effort d’être factuels, objectifs, car c’est un effort. L’effort de poser des questions, d’argumenter posément. L’effort de se préparer à un entretien difficile, de se concentrer.

Et c’est heureux, nous le faisons, cet effort. Souvent.

Nous le faisons parce que nous le pouvons.

Nous le pouvons car il est très simple de faire ce qui fonctionne pour améliorer une relation ou du moins éviter de la dégrader. Les outils sont très accessibles. Poser des questions, être factuel, écouter, se centrer aussi sur l’autre, rien de sorcier. Tout le monde, ou à peu près, peut le faire. Nous comprenons intellectuellement en quoi cela consiste et les bénéfices que nous en tirons.

La question n’est donc pas dans le pouvoir. Serait-elle dans le vouloir ?

Ce n’est pas un hasard si dans le paragraphe précédent, le terme « effort » est utilisé 10 fois. Travail aurait pu faire l’affaire. Adopter un comportement constructif dans un entretien difficile est un effort. Un effort de préparation (quand cela est possible), un effort de concentration, sur le moment. Tout dépend donc de la volonté de faire cet effort.

Cette volonté est guidée par plusieurs facteurs :

  • Le désir d’avoir avec l’autre une relation la plus saine possible, et la plus équilibrée possible.
  • La recherche d’un idéal. Celui de l’amélioration constante des interactions entre nous, idéal de paix, en somme.
  • La morale, les valeurs : le dépassement de la condition humaine
  • L’écologie personnelle : Il est peut-être moins fatigant, plus économe, d’avoir des relations constructives. Plus profitable, en quelque sorte.

Ce dernier facteur est celui qui nous intéresse, à La Porte s’Ouvre. Parce que nous travaillons pour et avec des entreprises pour qui la question de la qualité de la relation est importante et profitable. Cela n’est pas exclusif des autres aspects, mais celui-ci est le principal.

Avoir de bonnes relations, faire ce qui est en notre pouvoir pour qu’une discussion, un échange a priori tendu, difficile, délicat se passe le mieux possible, nous le pouvons. Il faut le vouloir.

Cela relève de la liberté de choix et de la responsabilité de chacun.

Comme tous les choix, d’ailleurs.

Donc, encore du travail, encore des efforts ?

Oui. Indubitablement.

Un des signes qu’un entretien difficile bien conduit réclame un effort et constitue un réel travail est qu’on en ressort fatigué. Physiquement et intellectuellement. Nous avons mobilisé de l’énergie pour arriver à nos fins. C’est peut-être pour cela que naturellement, nous préférons ne pas faire cet effort. Notre cher cerveau, souvenez-vous en, est programmé pour en faire le moins possible, n’en déplaise à ceux et celles qui érigent le travail et l’effort en valeur cardinale ; Désolé, mais nous avons dans la boîte crânienne un engin biologique époustouflant de complexité, dont un des objectifs principaux est de s’économiser pour se/nous protéger. Il a besoin de beaucoup d’énergie pour ce faire. Dès qu’il peut en utiliser moins, il le fait.

Si vous voulez qu’un entretien se passe le mieux possible, vous le pouvez, et c’est un travail.

Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ? A vous de juger. A votre aune.

Mais nous l’avons vu : c’est simple, c’est accessible, c’est donc faisable.

Certes, c’est difficile.

Mais, autre bonne nouvelle, plus on travaille, plus on a de facilités.

Un peu comme pour la conduite d’une voiture.

Sans jamais perdre de vue que ce n’est jamais acquis, d’une part, et que d’autre part, il n’y a aucune, vraiment aucune garantie de succès.