Comment sont formés les rôlistes ?

LPSO compte 17 rôlistes, le dernier nous a rejoint il y a quelques jours, au terme d’un parcours de formation élaboré, cadré et précis, qui aboutit à une certification.

Mais justement, comment formons-nous un rôliste ?

Quel est le parcours pour devenir rôliste et exercer ce métier qui semble si particulier ? 

Beaucoup de nos interlocuteurs, clients, partenaires, candidats nous posent la question.

Voici la réponse.

Avant tout, quel est l’enjeu ?

En tant que partenaire d’entraînement à la maîtrise des situations relationnelles difficiles, le rôliste a une responsabilité importante. Il crée un lien pédagogique ET émotionnel très fort avec la personne qui s’entraîne. Elle est en quelque sorte entre ses mains. Ce n’est pas rien. Il l’accompagne, dans la situation, dans une logique de progression, en étant à la fois bienveillant (un rôliste n’est pas là pour piéger, mettre en difficulté pour le plaisir) et exigeant. C’est une posture d’équilibre permanent, en temps réel, puisque vécue au cœur d’une situation fictive, mais bien réelle, ici et maintenant. Si cette exigence n’existe pas, l’entraînement n’a aucune valeur. Cet équilibre se traduit dans les faits par la gestion du niveau d’adversité, que le rôliste adapte, en direct, et en permanence à ce que fait la personne qui s’entraîne, et par une attitude à la fois de recul, de distance et d’implication totale. Pas forcément simple.

De plus, un rôliste professionnel doit pouvoir, à tout moment, gérer les éventuels dérapages, car la sécurité affective et émotionnelle de la personne qui s’entraîne est essentielle.

Un rôliste doit maîtriser les techniques spécifiques à ce métier (quitus, perches, sorties intermédiaires, etc…). Enfin, un rôliste doit parfaitement posséder les techniques de débriefing, sans lequel le jeu de rôle ne sert… à rien.

Plutôt dense et important, cet enjeu !

Retour vers le passé :

J’ai inventé ce métier. Par conséquent, le transmettre fut difficile dans les premiers temps, puisqu’il n’existait rien d’autre que ma seule et propre expérience. Empirisme total. 

Pas facile. 

Mais nécessaire car La Porte s’Ouvre se développait et je ne pouvais plus être seul à le pratiquer.

Nécessaire donc de théoriser, de formaliser, d’organiser, de passer de mon expérience et de mon vécu aux mots, puis à l’action de transmission.

Le parcours

Un « bon » rôliste se forme en trois mois et plus.

La matière première est le scénario Eden City, un des plus anciens (mais toujours vert) de la Porte s’Ouvre. Ce scénario est très polyvalent. Nous nous en servons pour entraîner des personnes sur la pratique de l’assertivité, le management, la négociation, le pilotage d’entretiens etc… Les PR (personnages rôlistes) sont des archétypes, que l’on retrouve dans beaucoup de situations. Il est donc un excellent terrain de formation et d’acquisition des compétences.

Sans entrer dans le programme ultra détaillé, le parcours comprend 5 étapes majeures.

  • L’observation : le candidat observe un jeu de rôle complet, mené par un rôliste aguerri, en réel, pendant une demi-journée. Il ne connaît que le sujet des mises en situation. Cette observation est suivie d’une séance dans laquelle il peut poser toutes les questions, exprimer toutes ses envies, verbaliser toutes ses peurs, ses freins, demander toutes les explications possibles.
  • La sensibilisation : le candidat étudie le scénario et la mise en scène (les modalités spécifiques). Il s’imprègne des « notes rôlistes », un document plutôt dense qui contient les indications de jeu de chaque personnage, les objectifs de chaque situation, et leurs attendus pédagogiques. 
  • L’entraînement : pour la petite histoire, lorsque ce parcours a été formalisé ce fut la plus grande difficulté à passer : comment entraîner un futur entraîneur ? Mais pas de formation sans entraînement, y compris à La Porte s’Ouvre (surtout à La Porte s’Ouvre). Avec son formateur , qui incarne des participants, le futur rôliste va jouer l’ensemble des situations, de bout en bout. De très nombreuse interruptions, des commentaires et des débriefings à chaud permettent l’acquisition des fondamentaux. 
  • Le saut à deux : à l’issue des séances d’entraînement, et uniquement si le candidat se sent en confiance et s’estime bien disposé, il effectue un intervention réelle, avec son formateur. Le candidat peut choisir de mener 100% des mises en situations, ou de se les partager avec lui. Cela en fonction de son envie et de son besoin. Pas question de prendre des risques. Le formateur pourra donc, être à la fois rôliste et observateur du candidat en situation. Cette intervention est évidemment très importante, car c’est à ce moment que le futur rôliste est réellement en situation d’exercer son métier pour la première fois. Mais dans des conditions sécurisées. Un petit peu comme dans le parachutisme, ou le premier saut se fait toujours à deux. Au terme de cette séquence, le candidate et son formateur décident ensemble de refaire des entraînements, ou de passer à l’étape ultime : le grand saut. Il arrive aussi, mais c’est rare, que le candidat décide de ne pas poursuivre. Heureusement, car c’est du boulot !
  • Le grand saut : Le futur rôliste assume une intervention complète, seul. Celle-ci est bien sûr suivie d’un débriefing complet. Le candidat est à présent rôliste.

Et après ?

Trois mois et plus. 

Plus car, comme pour tout métier, le reste va venir par l’expérience. C’est en forgeant que etc…

Cela dit, la formation de La Porte s’Ouvre ne s’arrête pas.

Outre les points réguliers, les moments plus formels, que nous appelons les AO pour Ateliers Ouverts, où chacune et chacun vient pour apporter ses expériences, ses questions et s’enrichir mutuellement, le renforcement d’un néo-rôliste passe aussi par un chemin progessif. Lorsqu’il a pratiqué plusieurs fois le même scénario, celui sur lequel il a appris, il lui est proposé d’accéder à d’autres scénarios, sur d’autres sujets. Puis viennent des scénarios à mise en scène différente, puis des modalités diverses. En ce moment, la part belle à la visio, bien entendu. Bref, un néo-rôliste est très accompagné pendant sa première année. Après, chaque nouvelle forme, et il y en a, provoque une remise en question. C’est plutôt cool.

D’où viennent les rôlistes ?

Il y a deux origines : la scène et la salle.

Le métier exige de posséder des compétences d’acteurs. Pas forcément d’être acteur professionnel. Il demande aussi à part égale des compétences de formateur. Pas automatiquement d’être un formateur professionnel non plus. 70% des rôlistes de La Porte s’Ouvre viennent de la scène. Cinéma, théâtre, impro, elles et ils sont et continuent d’être comédiens. 30% ne le sont pas, ne l’ont jamais été, et n’ambitionnent pas de le devenir. Mais ils ont ce goût, cette propension, et cette facilité à incarner des comportements. Ceux-là viennent « de la salle », expression favorite de la Porte. Ils et elles sont consultants. 

Quelle incidence sur leur formation au métier ?

Le parcours reste identique.

Cependant, pour les futurs rôlistes « origine scène », la formation est plus axée sur les contenus et la pédagogie, tandis que pour les candidats « origine salle », elle donne la part belle à l’interprétation et l’incarnation juste d’un personnage.

Conclusion

Il m’est arrivé, quelques années auparavant d’assister à un crash, il n’y a pas d’autre mot, d’une mise en situation. Le jeu de rôle a dérapé parce que le partenaire d’entraînement s’y était très mal pris. Les dégâts furent considérables. Pas seulement pédagogiques. Humain aussi. Le participant qui s’entraînait est parti en vrille. Le groupe s’est délité. La personne qui s’était improvisée rôliste était désolée. Elle m’a dit après qu’elle pensait que c’était facile.

C’est facile de faire de la randonnée. Ca l’est moins d’être guide de haute montagne.

Rôliste est un métier. Ni plus ni moins particulier que d’autres. Il a ses exigences, ses avantages et ses inconvénients comme tous les autres. Beaucoup de personnes peuvent parvenir à la pratiquer, à condition d’avoir été formées pour cela. 

C’est pourquoi l’importance que nous attachons à cette formation, à ce parcours et à son contenu est élevée, comme le sont les enjeux, et l’envie de proposer, ce qui est somme toute naturel, des prestations de qualité.